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Internet, on arrête de jouer !
La Net neutrality est un principe qui semble faire rire certains. L'enjeu est simple, il s'agit de la symétrie des échanges entre tous, principe fondateur de l'Internet. En effet, quand les pères fondateurs de l'Internet ont pensé les débuts de l'Internet, ils l'ont pensé comme un "réseau galactique ", pour que tous soient connectés à tous et à tout. A partir de ce moment, les traditions "network centric" de nos civilisations "Descartiennes" et "Jacobines" ne pouvaient plus être appliquées. Il n'était pas concevable qu'une seule "autorité" puisse connaître tout être sur terre et dans l'espace et le connecter. Il fallait donc imaginer d'autres principes, qui ont progressivement amené l'idée du routage. Tous les noeuds du réseau étant égaux, il ne pouvait y avoir des gens plus égaux que d'autres. Ce que vous avez à me dire est aussi important que ce que j'ai à vous dire ... ainsi, en quelques mois, les principes même d'une révolution étaient en place.
Dans un monde dominé par les opérateurs de télécommunications, nous avons assisté à l'apparition d'une nouvelle race d'acteurs, que l'on a d'abord appelé des "Internet provider". Au début, vous le savez, Internet, c'était du courrier électronique et des news et se distribuait via ... UUCP. Avec l'IP est apparu une autre race d'acteurs, dont je suis fier d'avoir fait partie et d'avoir popularisé le terme : d'Opérateur Internet. Ces gens là vivaient pour et par Internet. Les principes symétriques du réseau étaient ancrés. Lorsque nous construisions des réseaux, ils n'étaient pas abusivement centralisés. On essayait tant bien que mal de répartir le trafic et de pousser le routage au plus près de nos utilisateurs. A cette époque, (1993 / 1995), nous n'étions pas nombreux à penser cela ... il y avait Renater et Phynet et nous (Oléane). Point !
Je ne dis pas que personne n'y pensait, je dis que ce n'était pas franchement une priorité. On connaît la suite ... les FAI (grand public) sont apparus, les réseaux de collectes sont devenus une nécessité, avec son chantre : l'ADSL ... et fit de la symétrie des usages.
Nous assistons maintenant à une troisième vague ... celle des contenus. En 2000, cela avait déjà fort mal commencé avec J6M et la théorie du grand tout qui contrôle et produit et distribue et vend tout. J6M avait fait trois grandes erreurs :
il avait confondu l'Internet avec un réseau de distribution,
il avait sous estimé la taille et la maturité de son marché,
il avait fait la confusion entre Trafic / Audience / Audience ciblée et Attention
C'était somme toute normale, quand on connaît son parcours, sa frénésie de l'époque. Il n'allait pas se faire expliquer la vie par les petits gars de l'Internet ...
Je passe l'époque des majors de la musique qui se font peur tout seul et ont tout essayé pour enrayer un phénomène inéluctable. Avant ils vendaient de la musique dans un monde matériel. La musique était associée à un support, si bien que plus vous vendez du même objet, moins il y en a. Si j'ai trois disques, je peux les vendre trois fois. Ensuite, je suis obligé de découper et cela ne marche plus. C'est donc un business et une économie de la rareté.
Avec le numérique, tout change. Il n'y a plus de support physique et donc, quand on distribue un bien, l'effet s'inverse, il se multiplie. Plus je le partage, plus il y en a et malheureusement, moins il y a d'argent, car le modèle économique (linéaire) ne suit pas.
On en était donc là, avec des déclarations assassines de Pascal Nègre qui "ne croyait pas en l'avenir du P2P". (ce qui a fait s'exclamer un camarade "je ne crois pas en l'avenir de Pascal Nègre" ... comme quoi, ils avaient tord tous les deux :-), sauf que mon camarade plaisantait, lui.)
Et tout est en place pour la bataille ultime ... tuyaux contre contenu ...
Là, cela devient encore plus intéressant.
Les opérateurs d'infrastructures glissent sur la pente du service et pour certains vont jusqu'à plonger dans le contenu. D'autres acteurs, au contraire, font le chemin inverse et arrivent à la conclusion que l'infrastructure est le bien commun essentiel. Je pense à Google, bien évidement.
Evidement, le FAI de base ... celui qui connecte les millions d'usagers, pour "pas cher" a un problème. Surtout qu'il est le seul dans les "commodities" à avoir vendu de l'immilité, au delà que de raison. Il est alors normal qu'il cherche à se protéger et lorgne sur l'herbe qui est par définition plus verte dans le champ du voisin ... Pourquoi à lui tous les investissements et aux autres tous les bénéfices ? Pourquoi il s'empoisonne à fibrer, jusqu'à l'abonné, à supporter ses remontrances et ses Box qui dysfonctionnent joyeusement et à certains de facturer le même montant pour une simple entrée dans une base de données ? ( (c) Benjamin :-) )
Il y a de quoi rager et d'expliquer à ceux qui font pousser une herbe plus verte ailleurs (les gens du contenu, les grands sites d'audience ...) qu'il va falloir sortir la planche à billets et accepter de reverser un peu du butin indûment capturé.
Ces gens là font un raccourci dangereux en expliquant qu'ils ont un potentiel de X millions d'abonnés, qui est chasse gardée et que si on veut leur parler, il va falloir montrer patte blanche ...
Dites, cela ne vous rappelle rien ? C'est Minitel le retour, non ? Minitel 2.0, mais inversé, à l'échelle non pas des opérateurs de services, mais au profit (du moins ils ne pensent) des opérateurs d'infrastructure de terminaison. (j'aime bien ce terme. L'utilisateur final a un terminal au bout de sa terminaison : fin du chemin et tout à fait symbolique de comment une partie de l'industrie considère le "end user" ... UGC, laissez moi rire)
Alors vous comprenez pourquoi mon sang ne fait qu'un tour quand on attaque cette notion ESSENTIELLE à l'avenir d'Internet : sa neutralité.
Un opérateur devrait être ELECTRIQUEMENT NEUTRE. Son métier devrait être de tout faire pour qu'un paquet qui entre dans son réseau en ressorte LE PLUS VITE POSSIBLE. Quelque soit le paquet, quelque soit sa provenance et sa destination.
Monsieur Neil Berkett de Virgin Media, semble se tamponner le coquillart de ce principe et veut interférer, dégrader la qualité, trier, acheminer certains paquets plus vite que d'autres.
Sur quels critères ? les accords unilatéraux, bien sûr ... basés sur l'argent, mais peut être pas QUE sur l'argent.
Sa force ... 3,6 millions de clients, c'est le deuxième plus grand FAI en Angleterre.
Selon Digital Spy , il aurait déclaré dans une interview "this net neutrality thing is a load of b****cks", and revealed that Virgin is already in talks with unnamed content providers about paying to have their content delivered faster than others.
Bon, je sais, c'est le loup qui a vu le loup ... j'ai juste fais un peu de recherche, suite à l'alerte de Greg Villain sur FRNog et j'ai quand même trouvé pas mal de référence à ces irrévérences ...
Le concept est simple ... si tu es un fournisseur de contenu, tu payes et tu accèdes en "première classe" à mes abonnés. Sinon ... tu seras sur une voie de bus, encombrée, saturée ...
L'année dernière, les Américains nous avaient déjà fait le coup et c'était fait retoqués, sous prétexte de liberté et d'égalité d'accès.
Cette fois-çi, c'est la vieille Europe qui emboite le pas avec Virgin Média ...
Est-ce grave ?
Oui, c'est TRES GRAVE. L'Internet va devenir un marécage ou plus rien ne fonctionnera. Si vous n'en êtes pas convaincu, regardez les principales causes de non qualité (traverser des technologies hétérogènes) et les soucis d'interopérabilité des technologies de QoS ... compris ?
La fracture numérique, qui se continue par une fracture des usages va s'ouvrir de façon béante. Il y aura ceux qui peuvent proposer des services et les autres. Cela va renforcer Google et quelques grands groupes à l'échelle de la planète. Monsieur Berkett ne comprend pas qu'il signe juste son arrêt de mort à plus ou moins brève échéance. Rien ne permet de penser que Virgin, tout média qu'il soit, restera du bon coté du manche et à jouer ce jeu, il risque de trouver plus fort que lui. C'est le retour du Network Centric, où seuls quelques uns peuvent agir et imposer leurs visions, leurs idées, leurs services à la grande masse de moutons endormis.
C'est L A M E N T A B L E ... je n'ai pas transpiré plus de 10 ans de ma vie, cru à un monde meilleur grâce à l'égalité des services pour en arriver là. Si cela continue comme cela, je vais entrer en résistance ... et je ne crois pas que je serais le seul. Marre des visions passéistes des (jeunes) pseudo opérateurs. Marre des visions court-termistes de gens qui ne voient pas que derrière leur cours de bourse, il y a l'intérêt de leurs clients avant tout.
Monsieur Berkett, réfléchissez bien à deux fois. Votre idée, les idées de ceux qui foulent au pied la "net neutrality", c'est de l'idée Canada Dry ... cela ressemble à une bonne idée, cela en a la couleur, mais ça n'en est pas.
Monsieur Berkett et tous ceux qui veulent jouer avec cela, faites attention, vos clients, ne sont peut être pas aussi stupides que vous le pensez et pourraient comprendre leur intérêt. Ils pourraient aller chez un fournisseur qui ne leur impose pas les restrictions que vous leur imposez.
Ils peuvent comprendre que le monde que vous leur proposez n'est pas un monde où leurs enfants pourront développer leur propre créativité et avoir toutes les chances de réussir.
En 1996, j'avais écris un slogan prémonitoire pour Oléane : "Internet, on arrête de jouer".
Cela n'a jamais été aussi vrai : INTERNET, ON ARRETE DE JOUER !!!
Posté le 14 avril 2008 par _SebF
- source jmp
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