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L'IETF pose la question : "pourquoi Ipv6 ne démarre
pas ?"

Pour ceux qui ne suivent pas l'IETF
(Sébastien Bachollet, Michel Cornu : quand relancez-vous le GFSI comme annoncé
?), il se déroule un intéressant débat. Harald Alvestrand, le Président (Chair)
actuel de l'IETF a annoncé ne pas se représenter à sa propre succession en mars
prochain après quatre ans de mandat. Outre des remerciements chaleureux et
généraux, il a reçu la suggestion d'en terminer avant son départ avec IPv4. Sa
réponse a été très claire et surprenante d'honnêteté. Je ne crois pas le
trahir en la résumant ainsi :
le rôle de l'IETF est de maintenir
l'Internet IPv4, de permettre l'internet IPv6 et de créer l'Internet mobile.
IPv4 est stabilisé et restera
définitivement
IPv6 n'est qu'un boulot pour l'IETF qui
doit le laisser maintenant aux opérateurs, en disant tout ce qui n'est pas et ne
sera pas fini
pour le mobile on l'a m... et je ne
comprends rien à ce que peut-être l'IPv6 mobile.
Ceci est déjà très rafraîchissant pour
ceux qui - comme moi - ne comprennent pas grand chose aux raisons des "c'est
comme cela" souvent assénées dans le débat IPv6. La discussion qui s'en suit est
également très instructive. A part les affirmations des tenants, les
incertitudes des aboutissants et les calculs prospectifs (dont ceux - poussés -
de Huitéma), je comprends le débat comme double.
1. Un débat surréaliste où il est discuté de IPv6 comme un meilleur patch à IPv4
que les NAT. Je caricature un peu car il est aussi accepté que les méchants NAT
apportent des possibilités supplémentaires. Et le débat est de savoir
quand/comment IPv6 peut prendre, au moins en partie le relais des manques d'IPv4
avant un blocage total ou un glissage total vers des solutions de type NAT sous
la pression des enchères aux adresses IPv4. L'importance des NAT fait cependant
ressortir des besoins architecturaux non analysés et même (les esprits sont
ouvertes) l'apport possibles des OPES (l'IESG planche actuellement sur leur
nouveau charter).
2. des tentatives peu commentées mais significatives que je synthétiserais en
disant que l'Internet dont les utilisateurs ont besoin (pas celui que se sont
constitué les universités américaines en 80 et fait survivre depuis - je parle
d'architecture) était obsolète (interruption de l'innovation mais pas de besoin
criant) lorsque le nombre d'adresses possibles est devenu inférieur à 20000 fois
le nombre d'utilisateurs et saturé le jour où le nombre d'utilisateurs
(personnes et processus stables) est devenu supérieur à 5% des adresses
disponibles. Ceci est exprimé dans le débat de différentes façons (exemple de
besoin personnel, blocages actuels, réflexion sur les erreurs de non-retour et
les retards, documentation des expériences en cours) : ma traduction chiffrée
est celle d'un gestionnaire passé de ce problème qui le transpose en termes
concrets. Le rationnel est que la gestion confortable d'un pool d'adresses
demande un volant au moins égal au nombre d'adresses utilisées, que
l'organisation structurée d'un plan d'adressage est en général "rentable" à 10%
voire 1% (on perd 90% des adresses possibles voire plus, cf. le plan
téléphonique à 10 chiffres pour 100 millions d'usager français), que chaque
usager a besoin au moins d'une adresse permanente de continuation de l'usage
actuel et que l'innovation réclame au moins 100 adresses (en fait donc 1000 et
donc 100000) pour les usages innovants (par nature encore inconnus).
Comme le dit très bien Harald, il faut que l'IETF passe la main aux
gestionnaires. Le problème est qu'il n'y a d'autres gestionnaires que l'ICANN -
et pour ce problème l'ASO, c'est à dire Vint Cerf. Et que Vint, avec sa vision
des intérêts de MCI et des USA, se pose les questions (http://www.telecomasia.net/telecomasia/article/articleDetail.jsp?id=131764)
que nous nous sommes posées en 1983/4 et dont nous avons apporté les réponses en
84/86 (entre autre à travers ITT, RCA et ... MCI), dans le cadre de
l'application du plan de numérotation X.121 mondial à une quarantaine de pays
(dont la moitié des USA) et en concertation avec les autres pays (dont la France
qui avait sa stratégie CNET, Transpac puis ART). Mais l'intergouvernance qui
devrait prendre la suite de Vint est encore en gestation dans la commission
Kummer sur la gouvernance de l'Internet (c'est à dire sur les modalités
dépassées de gestion du système dépassé - l'obsolescence du modèle du système
entraînant l'obsolescence de ses modes de gestion. Donc encore au moins six mois
de travail pour identifier le bon problème pour une bonne description à Tunis).
Le débat en revient toujours au même : il y a d'un côté un protocole, et de
l'autre à l'utiliser pour faire ce pourquoi il est fait et surtout pour ce qu'il
permet, dans le cadre d'une réalité du marché qui va bien au-delà de ce qu'a
imaginé le développeur. C'est dans la réponse à ce qui n'est pas demandé pour
des services qui n'ont pas été envisagés dans le cadre de contraintes inconnues
que se situe le succès ou non du déploiement. Ce qui était prévu est d'une
exigence de fonctionnement nécessaire, évidente à l'utilisateur : et c'est sur
cette partie que l'IETF hésite déjà, se reconnaissant le devoir de documenter ce
qui n'y est pas stabilisé
La seule application "tueuse" de l'IPv6 est la mise en adéquation du réseau
numérique mondial avec ce qu'en attend l'utilisateur. C'est à dire son total
renversement de serveur centrique à utilisateur centrique et d'une
interopérabilité basée sur le end to end à une interapplicabilité délivrant
aussi du end to end dans les cas où c'est demandé. Ceci dépend d'un adressage
pérenne et autonome de l'utilisateur et de ses interfaces indépendantes des
moyens et protocoles d'accès. C'est à dire une révolution comparable pour le
téléphone au passage des opératrices à l'automatique et la télévision du
terrestre au satellitaire. La nouveauté n'est pas dans le protocole, elle n'est
pas dans le nombre d'adresses, elle est dans la gestion du plan d'adressage
disponible. Tant que le plan de numérotation et le routage restent gérés "à la
IPv4", le changement vers IPv6n'est manifestement pas fait et présente un
intérêt limité.
Il est très roboratif que ceci commence a être exprimé par l'IETF, surtout après
la RFC 3869 de l'IAB sur la perte de financement du R&D d'un Internet dont les
priorités de développement décrites étaient bien, bien ternes. Après la bulle
commerciale, l'enterrement sociétal des @large, l'appel de l'ICANN aux
gouvernements, c'était l'implosion du quatrième pôle d'une gouvernance
(technique, sociétal, économique et politique) et la fin du "legacy". Bien sûr,
une hirondelle ne fait pas le printemps mais .... la bulle à conduit à une
croissance stable plus raisonnable et à des développements nouveaux, les @large
sont peu à peu repris par la consommation encore balbutiante, l'appel de l'ICANN
reçoit une réponse du SMSI. Pour l'adressage, M. Zhao (Secrétaire Général de
l'lUIT) prépare quelques pavés dans la mare (cf. ses deux drafts exploratoires)
qui peuvent relancer le débat vers les proposition UNINUM et IPv6.010 (un plan
de numérotation différentiant routage et nommage et de desserte régalienne [un
service rendu par les autorités de réglementation nationales]) dont il va
falloir reparler.
Posté le 08 novembre 2004 par Jfc
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