|
|
Wanadoo-Ovh : interrogations sur le rôle de l'hébergeur

Le fournisseur d'accès
Internet répond aux accusations d'Ovh en condamnant la mise en place
d'une liste noire sur les serveurs de l'hébergeur, à des fins
commerciales. Une version corroborée par les acteurs du milieu
télécoms.
Dans notre édition d'hier, le directeur technique d'Ovh, Octave
Klaba pointait du doigt la disparition de plus d'un million
d'e-mails en provenance de l'infrastructure de France Telecom et à
destination des installations d'Ovh.
La réponse officielle de Wanadoo est tombée aujourd'hui : il y a
bien un problème de communication entre Wanadoo et Ovh mais Wanadoo
n'en est pas à l'origine.
Et derrière cette disparition d'e-mails, la théorie d'une simple
brouille commerciale est évoquée par l'ensemble du secteur télécoms.
"Cela fait six mois que ça dure. Ovh mène une politique de
tarification très basse et son objectif est d'obtenir de la part de
Wanadoo des accords commerciaux préférentiels, ce que l'on appelle
le peering", souligne ainsi Issam Hakimi, directeur général de
l'opérateur Transnode.
Le peering est un accord de principe qui engage deux acteurs
télécoms à échanger leurs bandes passantes gratuitement. Sans cet
accord de peering, les sociétés doivent faire appel à des
fournisseurs de transit qui louent les lignes à des tarifs plus
élevés. Obtenir le plus d'accords de peering possible représente
donc l'un des moyens de réduire les coûts et faire baisser les prix
en bout de chaîne.
Une version confirmée par Wanadoo. "France Telecom a une politique
officielle d'éligibilité au peering. La procédure est claire et
expliquée. Ovh avait déjà fait une demande de peering qu'ils ont
renouvelée en début d'année, suite à une demande d'informations
commerciales au sujet d'Open Transit [NDLR : la filiale de gestion
de la bande passante chez France Telecom] mais ils [Ovh] ne
remplissent pas toutes les conditions d'accès. Nous avons proposé
une alternative à laquelle ils n'ont pas répondu. Depuis, ils
refusent les adresses e-mails en provenance de Wanadoo afin de faire
pression et d'obtenir cet accord", déclare-t-on chez l'opérateur
historique.
"Ovh refuse les adresses e-mails en provenance de Wanadoo" -
France Télécom
Les termes d'accès au peering chez Wanadoo sont en effet très
stricts. "Il y a un an environ, notre trafic avoisinait les 100
Mbits, nous ne pouvions alors prétendre au peering avec Wanadoo car
dans leurs conditions, il fallait un débit minimum de 500 Mbits.
Nous avons atteint ce type de débit il y a six mois environ, mais
ils ont alors changé les conditions d'accès. Il faut désormais avoir
une présence nationale", confirme Octave Klaba. Or, l'hébergeur
aujourd'hui centré sur la région Ile-de-France, ne dispose pas d'une
telle couverture.
Pour Issam Hakimi, directeur de l'opérateur Transnode, "depuis
plusieurs mois on assiste à une course à la baisse des prix des
principaux discounters du marché, certains allant jusqu'à proposer
le Mb/s à 10 euro HT". Selon lui, ces prix sont possibles à cause de
2 facteurs principaux, "la consommation réelle - lorsque 10 Mb/s
sont vendus il ne seront consommés qu'en partie - et les accords de
peering - permettant d'échanger gratuitement du trafic". Dans ce
dernier cas, "Wanadoo est une cible très recherchée mais je ne pense
pas que la prise en otage d'un opérateur représente une quelconque
solution viable dans le temps", poursuit-il.
Pour France Telecom, cet accord d'échanges n'a tout simplement pas
d'intérêt. En effet, le peering s'établit généralement entre acteurs
de même taille afin d'échanger autant de données dans un sens que
dans l'autre. Or, selon Octave Klaba : "nous consommons plus de
bande passante que l'inverse avec Wanadoo". Plutôt qu'un accord
unidirectionnel, la direction de France Telecom a proposé une offre
de location de bande passante, une proposition écartée par Ovh.
"Conformément à notre stratégie, nous sommes prêts à acheter du
transit mais nous voulions du peering avec", commente Octave Klaba à
propos des raisons de ce refus. En août 2004, le directeur technique
d'Ovh menaçait de recourir à la manière forte pour régler ce
différend avec Wanadoo.
"Si on bloquait le trafic e-mail de France Telecom vers notre
réseau, en 3-4 jours tout serait résolu" - Ovh
Sur le site d'Ovh, il écrivait : "pour éviter de jouer au bras de
fer et vous mettre au coeur d'un conflit (le trafic e-mail de France
Telecom vers notre réseau représente 50Mbps en continu, si on le
bloquait en 3-4 jours tout serait résolu, mais bon ...), on vous
demande de nous donner un coup de main pour faire 'passer
l'information à la personne qu'il faut' pour faire avancer les
choses. Si malgré tout, début septembre, notre requête de peering
reste toujours dans le vide, nous allons devoir passer par la
méthode forte pour se faire entendre. On espère de ne pas devoir
aller jusque là".
Pourtant, le directeur technique nie toute intention de passer à
l'acte et s'emporte dans un premier temps. "C'est complètement faux
de prétendre que nous faisons du chantage en coupant les
communications avec Wanadoo. C'est de la diffamation", affirmait-il
dans la matinée. Recontacté dans l'après-midi, le directeur
technique d'Ovh calme alors le jeu : "si Wanadoo a pu penser qu'il
s'agissait d'une tentative de chantage de notre part, nous nous en
excusons".
"Nous sommes en train de mettre en place des serveurs MX secondaires
en dehors de notre réseau pour rétablir les communications. Il a
fallu un certain temps pour monter tout ça et nous pensions que
Wanadoo aurait trouvé avant l'origine du problème", déclare Octave
Klaba. Cette solution temporaire devrait rétablir les communications
entre Wanadoo et Ovh et tend à valider l'hypothèse de la mise en
place d'une liste noire par l'un des deux acteurs. Par ailleurs, les
services de communication de Free et de France Telecom ont démenti
avoir rencontré des problèmes similaires au niveau du service Proxad,
comme nous l'affirmions hier sur la base de renseignements erronés.
Posté le 20 février 2005 par _SebF
- source JDN
Vous pouvez commenter cette nouvelle
en posant vos avis, questions et remarques
sur les forums FrameIP
|
|