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La facture du spam s'alourdit pour les FAI

Les coûts directs et
indirects liés au spam sont de multiples natures pour les FAI. Au
bout du compte, ces messages grignotent des budgets de plusieurs
centaines de milliers d'euros par an. (18/01/2005)
(modifié le 19/01 à 18h00) En octobre 2004, d'après les estimations
des éditeurs Postini et Frontbridge, la part des spams atteignait
entre 69 % et 87 % du volume total d'e-mails envoyés dans le monde.
Aux Etats-Unis, IDC a établi que 12 milliards de spams seraient
reçus en moyenne quotidiennement cette année. Des chiffres
préoccupants qui ont incité en France la DDM, l'administration
chargée de conduire la politique publique en matière de médias et de
société de l'information, à lancer une étude sur le spam fin 2004,
qui sera réalisée par Ipsos. Et qui amènent à s'interroger sur le
coût du spam pour les FAI, dont les serveurs sont quotidiennement
encombrés par ce courrier indésirable.
Si de nombreuses études s'intéressent au coût du spam pour les
entreprises, il est en revanche très difficile de trouver des
chiffres équivalents relatifs aux FAI. Pour Estelle de Marco,
juriste à l'Association française des fournisseurs d'accès (AFA), il
y a plusieurs raisons à cela. "La bande passante fait transiter
d'autres types de données, pas seulement des e-mails. De plus, le
spam n'est pas une notion juridique, et il en existe plusieurs
définitions. En outre, les ingénieurs n'ont aucune visibilité sur ce
qui est sollicité ou non."
Même si l'ampleur du phénomène au niveau national est difficile à
évaluer précisément, les FAI disposent néanmoins de quelques
données. Ainsi, Neuf Télécom et Club Internet évaluent la part du
spam à un peu plus de la moitié de leur trafic e-mail. Pour Tiscali,
sur les 5 à 6 millions de mails quotidiens transitant sur ses
serveurs, 80 % à 90 % seraient du spam (Tiscali n'ayant pas une
politique de blocage à la source). AOL ne délivre que des
statistiques consolidées : les abonnés du FAI dans le monde auraient
reçu 2,1 milliards de spams en 2003, et 1,6 milliard en 2004, ce qui
représenterait entre 60 % et 75 % du volume total de mails reçus.
Wanadoo et Free refusent quant à eux toute communication sur le
sujet.
La première répercussion financière de ces flux est liée aux
implications techniques. Le spam représente tout d'abord du trafic
en bande passante, même si ces messages sont parfois légers.
Deuxièmement, le spam représente du coût en file d'attente : les
envois utilisent souvent la génération d'adresses aléatoires, et ne
rencontrent donc pas que des adresses valides. Dans ce cas, les FAI
envoient un mail automatique à l'expéditeur, notifiant l'échec de
l'envoi. Or, la plupart des adresses de retour contenues dans les
spams sont elles aussi invalides, ce qui entraîne un stockage massif
sur les serveurs.
La vision des FAI sur les grandes tendances du spam
Robin Dualé, Club Internet : "Le spam a connu un essor en janvier et
février 2004, et le volume est devenu vraiment critique en avril. Il
semblerait qu'actuellement on assiste à un reflux, de 10 à 15 %
depuis octobre. Les nombreuses actions répressives menées aux
Etats-Unis ont l'air de porter leurs fruits, et les techniques de
filtrage en amont sont plus efficaces."
Jean-Michel Soulier, Tiscali : "Nous craignons une augmentation du
nombre de spams. De plus en plus de boîtes sont spammées."
Laurence Bret, AOL : "Entre 2003 et 2004, nous sommes passés de 4,1
spams reçus par jour et par abonné à 1,8 (et non de 5 à 13 comme
indiqué précédemment, ndlr). Aujourd'hui, le nombre d'attaques
envers AOL décroît, les dispositifs mis en place à tous les échelons
découragent les spammeurs. En revanche, dans la nature des spams, on
constate un accroissement très notable des mails de phishing. La
France est la troisième destination mondiale en matière de phishing."
Estelle de Marco, AFA : "Aujourd'hui, la première cause du spam est
l'infection des PC par des virus transformant les ordinateurs en
machines à spammer. C'est sur cela qu'il faut communiquer."
Jean-Michel Gobet, Neuf Télécom : "Entre 4 % et 10 % des spams
transitant sur les réseaux de Neuf Télécom sont des virus. Ce sont
les plus nuisibles."
Chez Tiscali, par exemple, une personne est employée à plein temps
pour gérer les files d'attente, les arrêts d'envois massifs, et les
blocages (ou levées de blocage) d'adresses. Pour le FAI d'origine
italienne, l'ensemble des coûts de stockage et de bande passante
liés au spam s'élèveraient à plusieurs centaines de milliers d'euros
par an, selon Jean-Michel Soulier, directeur adjoint.
Afin de limiter ces coûts, les FAI s'engagent de plus en plus vers
des systèmes de lutte en amont, qui bloquent le spam à la source,
avant qu'il ne pénètre dans les boîtes e-mail des abonnés. Ces
systèmes utilisent des black-lists, qui circulent entre les FAI, et
des macro-filtres installés au niveau des serveurs, qui vérifient le
respect des protocoles SMTP et analysent des paramètres permettant
de détecter les envois suspects (fréquence, nombre d'envois
simultanés, etc). Ces filtres en amont sont mis à jour grâce aux
e-mails provenant des abonnés, envoyés sur les boîtes "abuse" des
FAI. Tiscali en reçoit par exemple une centaine par jour.
Chez AOL, Laurence Bret, responsable de la stratégie produit,
indique que les macro-filtres ont bloqué entre 2 et 2,4 milliards de
spams par jour dans le monde en 2003, et 1,2 milliard par jour en
2004. Jean Michel Gobet, responsable du marketing client chez Neuf
Télécom concède de son côté qu'il est déjà arrivé que le spam mette
"K.O." le système de messagerie. C'est pourquoi l'opérateur a mis en
place depuis décembre des systèmes de blocage en amont.
En aval aussi, les FAI poursuivent cette lutte avec des logiciels
anti-spam installés au niveau des messageries des utilisateurs.
Parmi les FAI que nous avons interrogés, seul Neuf Télécom ne
possède pas encore un tel système (il est en cours de
développement). AOL, dans sa version 9.0, équipe gratuitement ses
abonnés, à la fois sur la messagerie propriétaire et sur le webmail,
d'un système de filtrage basé sur des techniques probabilistes et
sémantiques, complété d'un "bouton spam". Ce dernier permet à
l'internaute d'"entraîner" sa messagerie à trier le bon grain de
l'ivraie, et à AOL d'enrichir ses black-lists. Le FAI, très en
pointe sur les problématiques du spam, a racheté cet été l'éditeur
Mailblocks, spécialisé dans les solutions de "challenge response",
et en équipe désormais ses abonnés.
Le business de l'anti-spam insuffisant pour rentabiliser les
investissements
Tiscali, de son côté, propose un package payant comprenant un anti-spam
(avec Brightmail), un antivirus, un numéro de fax, ainsi que
l'augmentation de la capacité de stockage et de la taille des pièces
jointes, pour 3 euros par mois. "Cette solution bloque 95 % des
spams", affirme Jean-Michel Soulier. Club Internet s'est également
orienté vers une solution payante. Son option anti-spam, développée
par Goto Software, est offerte pendant un an pour les nouveaux
abonnés, puis elle passe à 2 euros par mois vendue seule, ou à 3
euros dans le cadre d'un pack sécurité pour les abonnés bas débit,
et à 5 euros avec un firewall pour les abonnés haut débit.
Toutes ces techniques permettent de limiter l'impact du spam, mais
leur développement et leur mise en place ont un coût, que l'activité
anti-spam ne suffit pas à couvrir, selon Robin Dualé, directeur de
l'innovation et des services chez Club Internet. "L'infrastructure
dédiée à la lutte anti-spam et antivirus a représenté pour nous une
augmentation d'un tiers de l'infrastructure globale, et la
mobilisation d'une équipe de cinq à sept personnes pendant 4 mois.
La vente d'outils anti-spam et antivirus est donc plus un outil de
fidélisation qu'un moyen de rentabiliser l'investissement."
Sans compter que le coût du spam ne se limite pas à l'investissement
technique. Cette lutte comprend également des campagnes
d'information et de prévention auprès des abonnés, peut impliquer
une atteinte à l'image du FAI, des réponses aux plaintes des abonnés
et aux black-listés non légitimes. Bref, autant de coûts dérivés.
Estelle de Marco, à l'AFA, évoque également l'augmentation de la
capacité des serveurs, le développement de règles de sécurité, et le
support au niveau des petits expéditeurs "légitimes", auxquels il
faut expliquer comment paramétrer leurs serveurs afin d'appliquer
les nouvelles normes, plus strictes, d'utilisation des réseaux
imposées par les FAI. Autant de coûts que les FAI aimeraient faire
reconnaître par les tribunaux, afin de pouvoir entamer des actions
en justice contre les spammeurs.
Posté le 26 janvier 2005 par _SebF
- source JDN
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